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Blog 24 mars, 2011 GENERALITES Le mot « ésotérisme » est d’origine grecque et, dans l’Antiquité, désignait habituellement des enseignements réservés à un petit nombre d’initiés, notamment au sein des Mystères, par exemple les Mystères d’Éleusis. Ce mot a aussi été utilisé, en Occident, pour désigner des enseignements ainsi que des courants, qui, au sein du christianisme, appartenaient à des milieux fermés qualifiés, pour la même raison, d’ésotériques et regroupés sous la dénomination générale d’ ésotérisme chrétien auquel appartient en particulier l’hermétisme chrétien. On utilise aussi cette dénomination, dans ce contexte, à propos des écrits de Jacob Boehme, de Jean de Ruisbroek, auxquels on donne également le nom d’écrits théosophiques. Ce dernier terme doit être distingué de la Société Théosophique, mouvement moderne crée par Madame Blavastky. et dont le caractère ésotérique est contesté par certains auteurs, parmi lesquels René Guénon. Le mot « ésotérisme » est aussi utilisé à propos de l’islam pour désigner le soufisme, ensemble de doctrines de nature cachée et initiatique au sein de cette religion. Dans l’islam, l’ésotérisme, au sens général, porte le nom plus général de tasawuf : le soufisme apparaît ainsi comme la formulation islamique du tasawuf. Dans le judaïsme, les enseignements de nature ésotérique sont regroupés sous le nom de Kabbale. Le taoïsme, par exemple dans son aspect relatif à la quête d’immortalité, est également considéré comme étant de nature ésotérique. Le bouddhisme comporte certaines branches ésotériques (Vajrayâna tibétain, Shingon japonais) préconisant des initiations pour parvenir au Nirvâna. Le Bardo Thödol des Tibétains est un livre ésotérique qui puise ses racines dans la philosophie indienne du Samkhya. Aujourd’hui, et en Occident, le mot ésotérisme a été étendu à un nombre considérable de courants, dont, entre autres, la magie, mais l’application de ce terme à ces domaines a été contesté par des auteurs, notamment René Guénon. Par ailleurs, certains mouvements sectaires s’appuient sur des textes à teneur ésotérique. DEFINITIONS Les diverses définitions entourent l’idée d’ésotérisme de plusieurs notions. On peut privilégier le mystère, le côté occulte du monde, et ce mystère persiste même chez les initiés, ou bien on peut privilégier le secret, le côté réservé d’un enseignement spirituel ou d’une organisation initiatique, mais ce secret n’existe que pour les profanes. Voici les définitions de deux ésotéristes, c’est-à-dire de gens adeptes de l’ésotérisme, René Guénon et Robert Amadou. René Guénon (1886-1951), considéré par beaucoup comme une autorité de l’ésotérisme, définit les points de vues respectifs de l’ésotérisme et de l’exotérisme ; selon lui, l’ésotérisme est du domaine de l’intérieur pour un public restreint, l’exotérisme est du domaine de l’extérieur pour un public ouvert, et il insiste sur la prédominance, à l’origine, de l’enseignement oral dans l’ésotérisme : « Nous avons signalé la distinction (…) entre deux aspects d’une même doctrine, l’un plus intérieur et l’autre plus extérieur (…). L’exotérisme, comprenant ce qui était élémentaire, plus facilement compréhensible, et par conséquent susceptible d’être mis plus largement à la portée de tous, s’exprime seul dans l’enseignement écrit ; l’ésotérisme, plus approfondi et d’un ordre plus élevé, et s’adressant comme tel aux seuls disciples réguliers de l’école, préparés tout spécialement à le comprendre, n’était l’objet que d’un enseignement purement oral. » Robert Amadou (1924-2006) n’opère pas de distinction entre les mots « ésotérisme », « occultisme », « gnose », il s’arrête à l’idée, à une doctrine, celle de l’unité universelle. Il définit l’occultisme de cette manière: « L’occultisme est l’ensemble des théories et des pratiques fondées sur la théorie des correspondances selon laquelle tout objet appartient à l’ensemble unique et possède avec tout autre élément de cet ensemble des rapports nécessaires, intentionnels, non temporels et non spatiaux. » Plus tard, Amadou déclare : « La gnose dont je parle et à laquelle je me voue et à laquelle j’invite est une connaissance, nullement exclusive de l’amour, bien au contraire, qui possède dans sa perfection – la gnose est une connaissance parfaite – quatre traits principaux pour la spécifier : elle est religieuse, traditionnelle, initiatique et universelle.» Passons aux définitions de deux ésotérologues, c’est-à-dire de spécialistes de l’ésotérisme. Antoine Faivre ancre l’étude de l’ésotérisme dans une recherche universitaire académique, internationale14. Il propose ceci : « Le mot ‘ésotérisme’ revêt quatre significations différentes. (…) . Pour les libraires ou les éditeurs, ‘ésotérisme’ sert de mot générique pour tout type de littérature relevant du paranormal, des sciences occultes, de diverses traditions de sagesse exotique, etc. . Le mot ‘ésotérisme’ évoque l’idée d’enseignements secrets (…) . Le mot ‘ésotérisme’ renvoie aussi au ‘centre’ de l’Être, celui de l’Homme, de la Nature ou de Dieu ; par exemple le ‘Dieu ésotérique’ de Franz von Baader est le Dieu caché (…). Enfin, dans notre champ de recherches, le mot ‘ésotérisme’ renvoie à un ensemble de courants spirituels [hermétisme, kabbale chrétienne...], qui ont un certain air de famille. » Pierre A. Riffard : «. L’ésotérisme d’un élément désigne le caractère ésotérique de cet élément. Mais à quelle acception d’ésotérique renvoie-t-on ? interne ? réservé ? gnostique ? hermétique ? occulte ? restreint ? technique ? abstrus ? Parlant de L’ésotérisme de Dante (1925), Guénon vise principalement les procédés hermétiques d’occultation des initiés du Moyen Âge et de la Renaissance. On devrait parler d’ésotéricité. Un ésotérisme est un enseignement occulte, doctrine ou théorie, technique ou procédé, d’ordre méta-physique, d’intention initiatique. Le druidisme, le Compagnonnage, l’alchimie sont des ésotérismes. L’Ésotérisme constituerait la totalité des connaissances et pratiques ésotériques regardées comme un ensemble un, comme une Tradition unique, universelle. Enfin, on entend par ‘ésotérisme’ [ou 'ésotéricisme'] la doctrine qui rejette la vulgarisation des enseignements ésotériques, la théorie de la discipline de l’arcane, le principe d’après lequel il convient de ne pas communiquer à n’importe qui et n’importe comment les mystères.» Ésotérisme et exotérisme, ésotérisme ou occultisme À l’origine, l’ésotérisme désigne un enseignement professé soit à l’intérieur d’une organisation initiatique (comme les Mystères d’Éleusis) soit auprès d’un maître spirituel (comme Pythagore). Communément, le terme « ésotérisme », connaissance occulte réservée à des initiés, se comprend par rapport à son contraire, l’ »exotérisme ». L’exotérisme correspond aux croyances, rites et enseignements véhiculés par les religions et traditions qui s’adressent indifféremment à tous les membres d’une communauté, qu’il s’agisse des exotéristes novices (pas encore prêts, mais favorables à l’ésotérisme) ou des exotéristes profanes (indifférents voire hostiles à l’ésotérisme). Jamblique dit ceci des disciples ésotériques ou exotériques de Pythagore : « S’ils paraissaient dignes d’avoir accès à ses enseignements, en en jugeant d’après leur mode de vie et l’ensemble de leur comportement, ils devenaient, après avoir observé le silence de cinq ans, des ésotériques (έσωτερικοί), et ils écoutaient Pythagore du côté intérieur du rideau, en étant admis à le voir en personne. (…) Il n’est pas permis de mettre à la disposition du premier venu ce qui a été obtenu après tant de combats et d’efforts, pas plus qu’il n’est permis de divulguer aux profanes les Mystères des deux déesses d’Éleusis [Déméter, Perséphone]. » Les ésotériques (έσωτερικοί) sont des initiés, en tant que « sachants » (μαθηματικοί) ; les exotériques (έζωτερικοί) sont des candidats à l’initiation, comme « auditeurs » (άκουσματικοί) ; les profanes sont gens du dehors (οί έξω). En résumé, tout enseignement ésotérique comporte une parti